Après la rétrospective consacrée à Paul Gauguin
en 1998, qui a connu un immense succès, la Fondation Pierre Gianadda
présente, du 11 juin au 14 novembre 1999, l'œuvre d'un artiste qui
s'est toujours réclamé de cette filiation et qui est essentiel Ã
la compréhension de l'art du XXe siècle: Pierre Bonnard.
La place de Pierre Bonnard est déjà inscrite
dans l'histoire, mais son œuvre prépondérante reprend, à l'aube
d'un nouveau millénaire, une acuité nouvelle, lui qui déclarait
à la fin de la deuxième Guerre mondiale: "J'espère que ma peinture
tiendra, sans craquelures. Je voudrais arriver devant les jeunes
peintres de l'an 2000 avec des ailes de papillon".
Contemporain d'Henri Matisse, mais aussi de Claude
Debussy et de Marcel Proust, la force de la nouveauté chez Pierre
Bonnard tient à l'intensité de l'interrogation sans fin qu'il mène
sur la couleur, la lumière et l'espace. Les sujets les plus simples,
la vie quotidienne, les êtres chers qui l'entourent forment l'essentiel
d'un répertoire qui semble voué à protéger une apparente quiétude.
La force de la nouveauté nimbe cependant son œuvre dans sa totalité.
D'une autre manière que Claude Monet, son voisin
à Vernon, il interrogera à l'infini, dans une répétition désirée
et revendiquée, des sujets qui paraissaient déjà analysés et étudiés
dans leurs moindres détails. La vérité sera toujours au rendez-vous
dans ces scènes de la vie de tous les jours, du corps lumineux de
Marthe, la femme tant aimée, dans ces intérieurs où le temps semble
suspendu, immatériel, fixé sous des angles neufs, de manière insolite
mais vivante, dans un déséquilibre apparent, toujours dans l'apothéose
de la couleur.
Pierre Bonnard maintient à l'évidence un dialogue
avec la peinture et demeure dans la modernité de cette fin de millénaire
une référence pour les jeunes créateurs.
Il déclare: "Presque tout l'art de la peinture
consiste à éclairer et foncer les tons sans les décolorer".
Ce pouvoir singulier qu'il attribue à un travail
encore artisanal en fait pourtant l'un des peintres majeurs de son
temps qui questionne avec humilité, mais aussi avec grande sophistication,
la peinture, synthèse éblouissante de toute une vie. Depuis ses
premières peintures, ancrées dans un XIXe siècle finissant, le passage
à l'étonnante période Nabi en compagnie de son ami Edouard Vuillard
donne vite à Pierre Bonnard une liberté nouvelle.
Une indépendance totale l'habite vis-à -vis de
tous les mouvements qui marquent ce début de siècle. Il connaît
et reconnaît les découvertes de ses contemporains, mais il effectue
un parcours exceptionnel et solitaire afin de maintenir un dialogue
sans fin avec ce qui fait sa vie, la peinture.
L'exposition de la Fondation Pierre Gianadda
présente le parcours de ce peintre atypique et pudique qui force
le respect par sa détermination presque insolente à mener une analyse
salutaire qui le hisse au tout premier plan des novateurs de notre
temps.
Des œuvres de toutes les époques de sa vie, illustrant
cet itinéraire sans faille, proviennent des plus grandes collections
publiques, notamment : Musée Pouchkine à Moscou, Musée des Beaux-Arts
du Canada, Tate Gallery à Londres, Musées Royaux des Beaux-Arts
de Belgique, Musée de Grenoble, Musée d'Albi, les Fondations Thyssen-Bornemisza
à Madrid et Maeght à Saint-Paul... D'importantes collections privées,
européennes et américaines, contribuent également à donner une sonorité
particulière à cette exposition qui regroupe plus de 120 oeuvres
: peintures, aquarelles, dessins, gravures et sculptures.
M. Jean-Louis Prat, commissaire de l'exposition
Bonnard, a déjà organisé trois expositions à la Fondation Pierre
Gianadda qui toutes avaient remporté un vif succès: Braque en 1992,
Nicolas de StaÃ"l en 1995 et Miró en 1997.
Le catalogue de l'exposition Bonnard est largement
documenté avec des textes de présentation, biographie, bibliographie
ainsi que des notices pour toutes les oeuvres exposées
reproduites en couleurs (CHF 39.-, environ € 27.-).
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