L’œuvre de certains peintres donne envie d’en
savoir plus, à défaut de prétendre en faire le tour. Marius Borgeaud en
fait partie.
Entre 1960 et aujourd’hui, déjà trois monographies ont tenté d’éclairer
le parcours d’un artiste pour le moins atypique mais combien attachant,
dont le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne et celui de Pully
possèdent des toiles majeures, sans compter celles, nombreuses, en main
de collectionneurs suisses et français.
Dans notre pays, les dernières expositions consacrées au "Vaudois de
Paris" sont celles du Musée Jenisch en 1993, du Kunstmuseum de Winterthour
en 1999, et la rétrospective que lui consacre, du 16 novembre 2001 au
20 janvier 2002, la Fondation Pierre Gianadda à Martigny.
Bien que né dans la capitale vaudoise en 1861,
– une plaque commémorative a été apposée sur son dernier domicile lausannois
le 7 décembre 1999, à l’occasion de la publication du catalogue raisonné
établi par Bernard Wyder –
ce sera à Paris, au tournant du siècle qu’il fera ses premières armes
comme élève de l’atelier Humbert. Est-il entré aux Beaux-Arts pour faire
oublier une période plutôt turbulente de sa jeunesse, au cours de laquelle
il dilapide avec une certaine joyeuseté l’héritage qui lui échoit à
la mort de son père ? Toujours est-il qu’on le retrouve bientôt dans
le Poitou et en Seine-et-Marne, à Moret-sur-Loing.
L’expression du moment est alors franchement impressionniste.
Mais ce n’est pas en exposant dans les salons des tableaux correspondant
au goüt du jour qu’il se fera remarquer. Marius Borgeaud agit en homme
libre qui s’éprend de la Bretagne et l’évoque d’une manière éminemment
personnelle, sans jamais céder au folklore. C'est surtout à partir des
expositions chez Blot et Druet que l'œuvre du Breton de cœur retiendra
l'attention de la critique et connaîtra un succès grandissant.
Chantre de l'intériorité
Hormis quelques paysages, scènes de rue, portraits
ou natures mortes, Borgeaud se sent surtout attiré par la poétique des
intérieurs, donnant à voir des mairies, des chambres à coucher, des
pharmacies et surtout des bistrots en grand nombre.
Il avait dans un premier temps fait le tour de sa chambre ou de l’auberge
qui l’abritait. Le voilà devenu très tôt chroniqueur de son époque et
des lieux visités. Les trois principaux points de chute de son itinéraire
pictural se suivent sans se ressembler : Rochefort-en-Terre et Le Faouüt
(tous deux dans le Morbihan), enfin Audierne et sa baie, dans le Finistère,
ultime étape avant son décès, survenu le 16 juillet 1924 à son domicile
parisien.
De nouvelles œuvres font surface
Les artisans du catalogue raisonné savaient que de
"nouveaux " tableaux de Marius Borgeaud n’allaient pas tarder à apparaître.
La précaution avait été prise de considérer dans l’inventaire de l’œuvre
– on admet que l’artiste a peint quelque 350 toiles – des titres dont
il n'existait pas de trace visuelle.
Aujourd’hui, le catalogue de la rétrospective de Martigny présente le
visage de 16 nouvelles peintures. Certaines d'entre elles sont montrées
pour la première fois ! Comme un miracle ne vient jamais seul, tout
récemment une toile a été découverte derrière une autre toile de Borgeaud,
révélant un magnifique paysage de Locquirec, daté de 1908. Jacques Dominique
Rouiller, le commissaire de l'exposition martigneraine, a eu d'autres
heureuses surprises, par exemple celle de retrouver la trace des photos
que le docteur Victor Doiteau avait prises au domicile du peintre en
juillet 1924, seulement quelques jours avant sa mort.
L'engagement d'une association
Fondée en 1993, l'Association des Amis de Marius Borgeaud
(AAMB), visant à la promotion de l'œuvre, n'a pas fait de la figuration.
Peu d'institutions culturelles du même genre ont mené à bien, dans un
laps de temps aussi court, des projets aussi variés que la création
d'un bulletin annuel, l'organisation de conférences, la mise sur pied
d'un voyage en Bretagne, le soutien à l'élaboration d'expositions, la
réalisation d'une vidéocassette retraçant le parcours du peintre, l'édition
de cartes postales, enfin l'encadrement de la rétrospective présentée
à la Fondation Pierre Gianadda. Le catalogue de l'exposition fait précisément
une place aux personnalités qui se sont penchées sur l'œuvre de Borgeaud,
au travers d'exposés présentés lors des assemblées générales de l'association.
L'argent étant le nerf de la guerre, sans le soutien des membres de
l'AAMB et de sponsors aussi fidèles que généreux, aucun projet n'aurait
pu voir le jour.
Le chevalet du peintre parmi d'autres objets
Au-delà de la centaine de toiles exposées, auxquelles
s'ajoutent des portraits de Borgeaud signés Picabia, Maurice Asselin et
surtout Edouard Morerod, la rétrospective réunit un certain nombre d'objets
ayant appartenu à l'artiste, parmi lesquels le chevalet, conservé entre
autres éléments mobiliers grâce à Me Emile-Jean Teissèdre, légataire universel
des époux Bernard-Borgeaud (Madeleine Borgeaud s'est en effet remariée
avec René Bernard). Par ailleurs, quantité de documents inédits garniront
les vitrines, permettant de mieux cerner la personnalité de ce peintre
atypique qui savait que son œuvre connaîtrait le succès, mais post mortem
!
En dehors d’une gestion incomparable de la lumière, entre le dehors
et le dedans, il y a, attachée à presque toutes les toiles de Marius
Borgeaud, une marque de permanence ou de pérennité au parfum d’éternité
qui subjugue. On peut y ajouter les qualités d’un coloriste et d’un
valoriste qui n’occultent en rien le "bâtisseur " inspiré au style
inimitable.
Consultez la biographie
de Marius Borgeaud
Association des Amis de
Marius Borgeaud
p.a. Jacques Dominique Rouiller, rue de la Mercerie
1, 1003 Lausanne. Tél. et fax 021 312 42 23 E-mail : jdrouiller@vtx.ch
Cette exposition qui constitue, à n'en pas douter,
un hommage d'importance à Marius Borgeaud, comporte un catalogue richement
illustré, écrit avec la collaboration de plusieurs auteurs, 148 pages,
CHF 45.- (env. € 30.-)
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