|
Le
Déjeuner des canotiers de Renoir et plus de cinquante œuvres maîtresses
de l’art européen, fleurons de la Phillips Collection, font l’objet
d’une exposition accueillie dans plusieurs grandes villes des
États-Unis. Seule destination en Europe, la Fondation Pierre Gianadda,
en Suisse (du 27 mai au 27 septembre 2004).
Pour
la deuxième fois seulement en quinze ans, il est possible de voir Le
Déjeuner des canotiers de Renoir hors les murs de la Phillips
Collection, à l’occasion de l’exposition itinérante L’art au-delà des
"-ismes": chefs-d’œuvre de la Phillips Collection, du Greco à Picasso.
Des œuvres de Cézanne, Courbet, Daumier, Degas, Van Gogh, Monet et de
vingt-sept autres artistes y sont également présentées. Inaugurée en
septembre 2002 au Museum of Fine Arts de Houston, l’exposition s’est
ensuite rendue au Phoenix Art Museum, puis à l’Albright-Knox Art
Gallery, de Buffalo, où elle séjournera jusqu’au 1er septembre 2003.
Elle visitera successivement le Denver Art Museum, le Frist Center for
the Visual Arts, Ã Nashville, la Fondation Pierre Gianadda, Ã Martigny,
et enfin le Los Angeles County Museum of Arts.
"La Phillips Collection s’est donné pour but de faire connaître au plus
large public les chefs-d’œuvre de l’art", rappelle son directeur, Jay
Gates, pour qui cet événement s’inscrit dans une longue tradition.
"Lorsqu’il nous est apparu que nous devrions déplacer une partie de nos
collections durant les travaux de rénovation et d’agrandissement que
nous avions prévus, nous nous sommes réjouis de cette occasion
supplémentaire de remplir nos engagements, c’est-à -dire de présenter Ã
des publics nouveaux des œuvres aussi marquantes que le Déjeuner des
canotiers, plutôt que de les entreposer deux ans dans une réserve où
personne n’aurait pu en profiter."
Les parties agrandies et rénovées du musée – "Goh Annex" – ainsi qu’un
nouveau centre d’étude de l’art moderne doivent ouvrir leurs portes Ã
l’horizon de l’hiver 2004. Le bâtiment principal – "Main House" –
continuera pendant tout ce temps d’accueillir des expositions et une
partie des collections permanentes.
Fidèle à la mission définie par son fondateur, Duncan Phillips, la
Phillips Collection a permis, ces vingt dernières années, la tenue
d’expositions de peinture dans le monde entier, Ã Londres, Madrid,
Tokyo et Francfort et dans plus de trente villes aux États-Unis.
L’exposition Masterworks from the Phillips Collection, Ã la Bellagio
Gallery of Fine Arts de Las Vegas, en 2001, qui présentait à un public
nouveau et diversifié l’une des plus fameuses collections d’art moderne
des États-Unis, fit événement.
Le Déjeuner des canotiers, sans doute le sommet de Renoir, n’avait pas
quitté Washington depuis l’exposition Renoir’s Portraits du Chicago Art
Institute, en 1998. Ses derniers séjours hors des États-Unis remontent
aux expositions internationales de 1981-1984 et 1987-1988, organisées
lors de travaux de rénovation du musée.
Point de vue sur l’exposition
L'exposition comprend plus d’une cinquantaine de toiles de la
collection Phillips, œuvres de Van Gogh, Cézanne, Monet, Degas,
Picasso, Bonnard, Gauguin, Klee, et d’autres peintres européens. Elle
reflète une approche personnelle de la peinture. Phillips, en effet, ne
voyait pas dans le modernisme une rupture avec le passé, mais plutôt sa
continuation. Sa démarche de collectionneur n’avait rien
d’encyclopédique; il s’agissait plutôt, pour lui, de rassembler des
œuvres en fonction de leurs résonances réciproques et de révéler les
accords visuels par lesquels l’art de son temps était lié à celui du
passé. Ainsi, avec les pièces de la fin du XIXe siècle et du début du
XXe siècle, des travaux parfois beaucoup plus anciens, signés
Delacroix, Ingres, le Greco ou Chardin, que Phillips considérait comme
des précurseurs, sont-ils présentés.
Outre le Déjeuner des canotiers (1880-1881) – "le Renoir qu’il me
faut", selon le mot de Phillips –, devenu aujourd’hui la pierre
angulaire de la collection, l’exposition L’art au-delà des "-ismes":
chefs-d’œuvre de la Phillips Collection, du Greco à Picasso permettra
d’admirer l’Entrée du jardin public à Arles (1888) de Van Gogh, acquise
en 1930, année où Phillips décide d’étendre son musée à l’ensemble de
sa demeure; le Pot de gingembre avec grenade et poires (1890-1893) de
Cézanne, dont celui-ci aurait auparavant fait don à Claude Monet; la
Chambre bleue (1901) de Picasso, caractéristique de sa palette presque
monochrome, dite de la "période bleue" ; ainsi que l’Album photo (1937)
de Paul Klee, l’une des treize toiles du peintre que comprend la
collection, rassemblées entre 1938 et 1948, qui ont inspiré de nombreux
artistes américains, comme Richard Diebenkorn, Kenneth Noland et Marc
Tobey. Des œuvres plus anciennes viennent éclairer ce parcours dans
l’art moderne, permettant d’en mieux comprendre l’évolution,
conformément à la vision qu’en avait Duncan Phillips. Citons Saint
Pierre repentant (v. 1600-1605 ou postérieur) du Greco, la Coupe de
prunes (v. 1728) de Chardin, le Paganini (1831) de Delacroix, ou encore
la Petite Baigneuse (1826) d’Ingres.
Historique de la collection
Ducan Phillips aura consacré sa vie – par ses écrits, ses amitiés et,
bien sÃ"r, sa collection, aujourd’hui célèbre dans le monde entier – Ã
faire partager au plus grand nombre sa passion de l’art et ses joies de
collectionneur. En 1918, à la suite du décès de son frère, qui survient
seulement treize mois après la mort de leur père, Phillips décide de
fonder, en leur mémoire, un musée. Dans ses nombreux écrits sur l’art,
il s’était déjà découvert cette vocation d’"interprète et de passeur
entre le public et l’image", qui considérait que l’art devait "embellir
la vie". Ainsi, plus que toute autre, la tâche du musée devait-elle
être de communiquer au public sa propre compréhension des artistes et
de leur travail.
Lorsque le musée ouvre ses portes, en 1921, dans deux pièces de la
demeure familiale, à Washington, Phillips a déjà fait l’acquisition
d’environ deux cents quarante peintures. Il présente des œuvres de
peintres français – Monet, Sisley, Fantin-Latour – et d’artistes
américains contemporains – Ryder, Whistler, Luks, Hassam. C’est le
premier musée des Etats-Unis qui ait donné autant d’importance à l’art
moderne et au travail d’artistes vivants. Certaines des plus belles
pièces ont rejoint très tôt la collection.
Les premières listes d’acquisition sont éloquentes, comptant des œuvres
comme la Coupe de prunes de Chardin ou la Route de Vétheuil de Monet,
aux côtés de peintures américaines, de Julian Alden Weir, d’Albert
Pinkham Ryder et de John Henry Twatchman, notamment, parmi les artistes
préférés de Phillips. Le Déjeuner des canotiers est acheté en 1923;
l’Insurrection de Daumier et la Montagne Sainte-Victoire de Cézanne, en
1925.
Duncan Phillips ne fut pas pour autant un collectionneur doué d’une
quelconque prescience, pas plus qu’il ne chercha à définir les canons
du modernisme. Sa collection était avant tout le produit de ses propres
goüts, de son amour de la couleur et de sa croyance en l’universalité
de l’art, au-delà du temps et des frontières. Comme l’écrit Robert
Hughs, "Phillips était l’exemple même du collectionneur optique. Il
avait un besoin physiologique de la couleur, de la joie de
l’illumination, de l’intelligence sensorielle qui émane d’un art fondé
sur la couleur. La couleur apaise ; elle console, donne accès Ã
l’éden". Il fut épouvanté par le New York Armory Show de 1913, première
exposition aux États-Unis consacrée au cubisme, au fauvisme, Ã
l’impressionnisme et au post-impressionnisme, qu’il a décrite comme
"stupéfiante de vulgarité". Mais sa perception de la modernité dans
l’art évolua et sa réceptivité ultérieure aux post-impressionnistes,
particulièrement à Cézanne, finit par éduquer et affiner son œil,
l’amenant à une compréhension plus large de l’art moderne. Vers 1930,
parmi plus de six cents toiles que compte la collection, on trouve deux
pièces majeures de Cézanne, le premier des sept très importants Bonnard
qui viendront l’enrichir, le premier Picasso également, ainsi que des
œuvres contemporaines d’artistes américains du groupe des Huit ou
proches du critique et photographe Alfred Stieglitz.
Les trente années suivantes, Phillips continue d’augmenter sa
collection par des achats considérables de peinture européenne et
américaine, qui reflètent la continuelle évolution de sa sensibilité
esthétique. Sa compréhension relève prioritairement d’une "vision
d’ensemble" et de l’idée que la couleur en est le principal élément
structurant. C’est ce qui donne à la collection son unité. À la fin des
années cinquante, sensible au pouvoir émotionnel de la couleur dans
l’œuvre de Mark Rothko, Phillips acquiert quatre toiles de l’artiste
et, en 1960, il en fait le point fort de l’accrochage dans les nouveaux
bâtiments du musée. Conçue comme une invitation à la méditation, la
salle Rothko a depuis servi de modèle à d’autres présentations du
travail de l’artiste.
Le Centre d’études de l’art moderne
Fidèle aux conceptions de son fondateur, la Philips Collection poursuit
la mission qu’il s’était fixée: familiariser le public avec les œuvres
majeures de l’art, dont la contemplation est source de beauté. Pour le
directeur du musée, Jay Gates, l’exposition itinérante L’art au-delÃ
des "-ismes": chefs-d’œuvre de la Phillips Collection, du Greco Ã
Picasso doit permettre de maintenir les liens avec le public lors des
travaux d’extension de musée et de la construction du centre d’étude de
l’art moderne.
"À l’heure où la Phillips Collection se lance dans un projet ambitieux,
qui lui permettra d’atteindre une audience plus vaste, grâce à des
programmes interactifs sur Internet, à des séquences d’enseignements
plus adaptées, à de nouvelles publications papier ou CD-Rom, il est
nécessaire de rappeler notre mission première, qui est d’amener le
public au contact de l’art", affirme Jay Gates. "Cette exposition
permettra à un très nombreux public, qui sans cela n’en aurait
peut-être pas eu l’occasion, d’apprécier les originaux."
Pour plus d’information, vous pouvez appeler la Phillips Collection
(202) 387-2151, visiter son site Web www.phillipscollection.org ou
celui de la Fondation Gianadda www.gianadda.ch.
La Collection Franck,
Luigi le berger, photos de Marcel Imsand
Le Parc des sculptures,
Le Musée gallo-romain,
Le Musée de l'automobile
sont ouverts tous les jours
de 10 h à 18 h
Un soutien de:


|