La Fondation Pierre Gianadda à Martigny inaugure, le 31 janvier 2003, une exposition consacrée à l'œuvre
de 18 artistes espagnols les plus représentatifs du XXe siècle. Présentée jusqu'au 9 juin, l'exposition
intitulée de Picasso à Barceló, les artistes espagnols, met en lumière, à l'intention du public
international qui visite habituellement la Fondation, le rôle important que jouèrent les artistes
d'origine espagnole dans la naissance et le développement de l'art moderne et lors de son évolution
postérieure au cours du XXe siècle et jusqu'à nos jours.
La présentation des quelque 70 œuvres qui articulent l'exposition offre non seulement un panorama
général de plusieurs des tendances les plus significatives de l'art contemporain, mais montre également
la cohérence de l'évolution des formes dans l'art espagnol, une cohésion qui s'est maintenue malgré
l'éloignement géographique des artistes pendant le déroulement de leur travail. En effet la décision
de certains d'entre eux, au début du siècle passé, de transférer leur centre d'activité à Paris et le
fait que leur création se soit diffusée depuis là, ont estompé à l'étranger la perception des
influences qu'ils ont tracées dans l'art espagnol du XXe siècle. Une vision d'ensemble de l'art
réalisé par ces 18 artistes restitue, dans le cadre international, autant leurs créations individuelles
que les liens existant entre les œuvres des uns et des autres.
L'amplitude chronologique de l'exposition a rendu obligatoire une sélection des œuvres bien
déterminée. Les critères qui ont présidé à l'élaboration de ce parcours à travers le XXe siècle
ont été à la fois la signification propre de chacune des peintures et sculptures et la volonté de
donner une idée la plus complète possible de la trajectoire créative des artistes, en tenant compte
des limites d'une exposition collective. C'est pour cela qu'on a choisi des œuvres ponctuant les
moments forts du parcours artistique des artistes : aube de leur carrière au moment où leur vocabulaire
plastique était déjà formé, maturité et dernière étape ou - pour les artistes vivants - des œuvres
récentes afin de révéler leur créativité jusqu'à aujourd'hui.
La première séquence est dédiée aux artistes des Avant-gardes historiques : Pablo Picasso, Juan Gris,
Joan Miró, Salvador Dalí et Julio González. L'exposition s'ouvrira sur le Cubisme de Picasso et Juan
Gris. Elle se poursuivra avec l'étape "classique" des années 20 (Picasso, Dalí, Miró et Gris) puis avec
le Surréalisme de Dalí et Miró et le Picasso des alentours des années 30, moment de son contact avec
la sculpture en fer soudée de Julio González.
Un point fort touchant à la Guerre civile espagnole (1936-39) sera constitué des œuvres préparatoires
de Picasso pour son Guernica, le Miró de 1936 ainsi que Julio González de ces années, avant de passer
au Miró des années 50 et à la dernière et intense période créative de Picasso et Miró, respectivement
dans les années 60 et 70.
La deuxième séquence est représentée par l'étape historique des Nouvelles Avant-gardes avec six
artistes, quatre peintres et deux sculpteurs, qui ont travaillé à travers des expressions très
différentes de l'abstraction. En ce qui concerne la peinture : l'abstraction matiériste d'Antóni
Tapies, le gestualisme d'Antonio Saura, le drame des toiles de sac déchirées de Manolo Millares et
l'ordre mesuré et géométrique de Pablo Palazuelo. La sculpture offre deux versions de l'abstraction :
l'une traitant du problème du vide avec la rigoureuse étude de Jorge Oteiza et l'autre dédiée à
l'espace et à la résonance des matériaux avec plusieurs œuvres d'Eduardo Chillida.
Les pièces montrées couvrent leurs trajectoires depuis leurs débuts des années 50 jusqu'aux œuvres
postérieures mettant en lumière un développement qui a continué à évoluer en cohérence avec les
principes établis à l'origine de leur travaux.
La troisième séquence montre deux générations d'artistes apparus dans les années 60 et 70, qui ont
marqué un tournant fondamental par leur sourire ironique et un traitement des couleurs stridentes
à-plats. Les artistes ayant formé l'Equipo Crónica, disparu ultérieurement, et Eduardo Arroyo ont
mené à bien une révision des Avant-gardes à travers un langage plastique utilisant de manière très
personnelle les à-plats et une lecture immédiate de l'image artistique proche du Pop.
Ce qui nous amène aux artistes qui ont renouvelé le vocabulaire formel des années 70, avec Luis
Gordillo, comme chef de file, et Carlos Alcolea. Tous deux héritiers du Pop, ils adoptent d'abord
une figuration peu conformiste, mais tandis que Gordillo évolue vers des formes clairement abstraites,
Alcolea, bien que décédé jeune, n'a jamais trahi son goüt pour la narration Post-Pop.
La quatrième et dernière séquence offre une sélection des œuvres réalisées dans la tranche des deux
dernières décennies du siècle avec les trois artistes de renom international : José María Sicilia,
Juan Muñoz et Miquel Barceló, aux itinéraires divergents, mais se situant dans le cadre historique
de la Post-Modernité. Sicilia travaille avec des cires une peinture qui soumet à l'expérience la
visibilité et l'invisibilité de l'image plastique; Barceló, le plus jeune des trois, utilise la matière
dans ses peintures et sculptures de façon à en extraire son contenu tellurique le plus proche des
origines. Par contre, Juan Muñoz, malheureusement déjà disparu, est l'étendard d'une nouvelle manière
où la forme sculpturale se met au service d'une interprétation de l'humain reliée de près à la violence
du monde d'aujourd'hui.
Les limites imposées par les espaces disponibles et la propre cohérence interne de l'exposition ont
conditionné étroitement le choix établi qui comprend des travaux de : Pablo Picasso (1881-1973),
Juan Gris (1887-1927), Joan Miró (1893-1983), Julio González (1876-1942), Salvador Dalí (1904-1989),
Antonio Saura (1930-1998), Jorge Oteiza (1908), Pablo Palazuelo (1916), Antóni Tapies (1923),
Eduardo Chillida (1924-2002), Manolo Millares (1926-1972), Equipo Crónica (Rafael Solbes 1940-1981 et
Manolo Valdés 1942), Eduardo Arroyo (1937), Luis Gordillo (1934), Carlos Alcolea (1949-1992),
José María Sicilia (1954), Juan Muñoz (1953-2001) et Miquel Barceló (1957).
Parmi les Institutions et Musées qui prêtent leurs oeuvres, on compte :
En Espagne : Le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid, le Museo Thyssen-Bornemisza
de Madrid, Artium de Alava - Vitoria-Gasteiz, la Fundació Pilar i Joan Miró de Majorque, la Collection
d'Art Contemporain de la Fondation la Caixa de Barcelone, la Banco Zaragozano, la Collection BBVA,
l'IVAM Instituto Valenciano de Arte Moderno - Generalitat Valenciana, la Fundació Gala-Salvador Dalí
de Girona, la Collection de la Fundación Juan March de Madrid, la Colección ICO, la Collection Banco
Guipuzcoano de San Sebastián
En France : Le Musée Picasso de Paris, le Musée National d'Art Moderne Centre Georges Pompidou de
Paris, la Fondation Maeght de Saint-Paul en France
En Suisse : Le Musée d'Art et d'Histoire de Genève et le Kunstmuseum de Berne ainsi que de
nombreuses importantes collections particulières principalement d'Espagne, mais aussi de France,
d'Allemagne et de Suisse.
Catalogue de l'exposition
Le catalogue bilingue (francais-espagnol) de l'exposition reproduit en couleurs toutes les œuvres
exposées, sous la direction de Maria Antonia de Castro avec des textes de Juan José Lahuerta,
professeur d'histoire de l'art de l'Université Polytechnique de Barcelone, Tomás Llorens, directeur
du Musée Thyssen-Bornemisza de Madrid et Juan Manuel Bonet, directeur du Musée Nacional Centro de Arte
Reina Sofia de Madrid, ainsi que Carmen Bernárdez et Mercedes Replinger pour les œuvres et biographies
des artistes. Prix de vente CHF 45.-- (env. 30 €).
Commissaire de l'exposition : Maria Antonia de Castro

|