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La Fondation Pierre Gianadda a fêté en 2003 son 25e
anniversaire. A cette occasion, elle a organisé une rétrospective
Signac, la première jamais présentée en Suisse.
Une centaine d’œuvres – huiles sur toile, études peintes,
dessins et aquarelles – retracent l’ensemble du parcours de l’artiste.
Elles prouvent que Paul Signac (1863-1935) a bien été le peintre
de la Méditerranée, mais qu’il s’est aussi montré
sensible à la poésie des banlieues industrielles et des grands
ports modernes. Ces œuvres témoignent de l’enthousiasme
suscité chez le jeune Signac par la découverte de l’impressionnisme,
puis de sa contribution à la naissance du néo-impressionnisme
aux côtés de son ami Georges Seurat et, enfin, de l’adoption
d’une technique plus libre aux couleurs plus intenses après
son installation à Saint-Tropez. Elles montrent aussi comment l’œuvre
graphique de Signac accompagne cette évolution, passant des beaux
dessins en noir et blanc des premières années parisiennes
aux aquarelles souples et colorées qui, à la fin de son existence,
prendront largement le pas sur son œuvre peint.
1882-1885: la période impressionniste
A 16 ans, Signac, adolescent, partage son existence entre Montmartre, où
il se lie aux milieux littéraires d’avant-garde et fréquente
le cabaret du Chat noir, et Asnières, où il s’initie
aux joies de la navigation de plaisance. Il découvre, dès
1880, sa vocation de peintre à l’occasion d’une exposition
de tableaux de Monet et il n’a pas 18 ans quand il peint ses premières
études impressionnistes. Elles sont à l’image de ces
années de jeunesse, libres et indépendantes. Signac choisit
de peindre des vues de Montmartre, alors en cours d‘urbanisation, et
d’Asnières où se trouve son domicile familial. Cette
banlieue résidentielle de Paris est alors en plein développement
et, des deux côtés de la Seine, s’y font face deux aspects
complémentaires de la modernité qu’il aime peindre: le
développement industriel et technique d’une part, la naissance
des loisirs nautiques d’autre part. L’été, Signac
quitte Paris et sa banlieue pour les bords de mer, Port-en-Bessin ou Saint-Briac,
où il peint des marines très enlevées. D’emblée,
la couleur s’affirme avec force dans ces premières toiles. L’artiste
y privilégie déjà les vues frontales qui lui permettent
de combiner les lignes horizontales et verticales pour distinguer nettement
les plages géométriques et colorées.
1886-1891: les premières années néo-impressionnistes
En 1884, Signac rencontre Seurat à l’occasion de la création
du Salon des Indépendants. Tous deux admirent Delacroix, s’intéressent
à La Grammaire des arts du dessin de Charles Blanc et lisent
les traités d’optique de Sutter et de Rood. Ils rendent aussi
visite à Chevreul et rencontrent Charles Henry, jeune savant qui
publie en 1885 son Introduction à une esthétique scientifique.
Progressivement, l’idée du "mélange optique des
couleurs" s’impose à eux et, dès l’automne
1885, Seurat juxtapose des touches de couleur pure sur les tableaux entrepris
à Grandcamp. Il reprend ensuite entièrement sa grande toile
Un dimanche à la Grande Jatte qui, dans un premier temps,
n’était pas divisée. En février 1886, Signac,
définitivement convaincu, retravaille à son tour à
petites touches Les Modistes, important tableau de figures qu’il
a décidé de présenter à la huitième exposition
impressionniste. Il peint des paysages néo-impressionnistes dans
les environs d’Asnières dès le printemps 1886 et exécute
sa première série de toiles divisées au cours de l’été
qu’il passe aux Andelys.
Les premiers dessins connus de l’artiste datent de 1885. A l’instar
de son ami Seurat, l’autodidacte Signac utilise alors la technique
du crayon Conté et produit des œuvres en noir et blanc où
les formes naissent du contraste des zones d’ombre et de lumière.
Remarquons que l’artiste ne "pointille" un dessin que lorsqu’il
s’agit de reproduire un tableau néo-impressionniste dans la
presse. Signac a trouvé dans cette technique qui prône l’objectivité
de l’observateur scientifique un équivalent stylistique du regard
détaché qu’il porte sur le monde. Mais c’est surtout
parce qu’il y voit un procédé lui permettant d’exalter
la couleur qu’il l’adopte définitivement. Les paysages
de banlieues sont progressivement remplacés par les admirables séries
de marines peintes à Portrieux, Cassis et Saint-Briac, qui atteignent
un dépouillement et une sérénité extrêmes.
L’hiver, Signac peint des scènes de la vie moderne empreintes
d’un humour caustique, comme Un dimanche, scènes soigneusement
élaborées pour lesquelles il multiplie les études peintes
et dessinées. La mort brutale de Seurat en 1891 laisse Signac profondément
désemparé. Dans les mois qui suivent, il peint cependant les
très sereines marines de Concarneau et Femme se coiffant,
un des sommets de son œuvre. Il sait que l’avenir de la nouvelle
école attaquée de toutes parts est désormais entre
ses mains, et il devient l’indéfectible porte-parole du néo-impressionnisme.
1892-1900: Saint-Tropez
La découverte de Saint-Tropez au printemps 1892 marque un tournant
dans la vie et l’œuvre du peintre. Désormais, il quitte
Paris au printemps, dès que l’organisation du Salon des Indépendants
le lui permet, et s’installe dans le petit port méditerranéen
jusqu’à l’automne. Il peint alors avec une évidente
jubilation la silhouette aujourd’hui célèbre du village
et de la jetée qui se profilent sur les collines des Maures et de
l’Esterel. Il peint aussi les pins parasols, les cyprès et les
platanes, les tartanes et les voiliers dans une lumière dont il ne
se lasse pas d’analyser les subtilités. Sans renoncer à
la division des couleurs, il adopte une manière plus libre et, comme
dans ses études peintes d’après nature, ses touches de
couleur s’élargissent. Les toiles où il peint une Méditerranée
immuable gagnent en force et en simplicité.
C’est aussi à Saint-Tropez que l’artiste découvre
la technique de l’aquarelle qui, au fil des ans, prendra dans son œuvre
une place prépondérante. Dans un premier temps, il adopte
une technique japonisante où les transparences délicates de
l’aquarelle sont fermement structurées par un trait à
l’encre de Chine. Mais ici aussi, le peintre évolue vers une
plus grande liberté: sur un léger tracé à la
mine de plomb, il laisse courir les traits colorés du pinceau qui
traduisent instantanément ses sensations visuelles.
De 1893 à 1900, Signac s’essaie aussi à la peinture décorative,
particulièrement à l’honneur en cette fin de siècle.
Vers 1900, il participe sans succès au concours pour la décoration
de la mairie d’Asnières et, comme en témoignent les importantes
esquisses peintes qu’il nous a laissées, il renoue à
cette occasion avec le thème des banlieues.
1901-1935: la libération de la couleur
Dans les premières années du siècle, Signac peint des
scènes des bords de Seine et des paysages méditerranéens.
Il peint aussi Venise et ses monuments suspendus entre l’eau et le
ciel, le port de Rotterdam avec sa confusion et son agitation intense, ou
Constantinople qui apparaît dans ses toiles comme une mosaïque
byzantine. L’admirateur de Claude Lorrain et de Turner compose alors
des toiles dont le classicisme décoratif et les couleurs exaspérées
sont bien éloignés de l’objectivité "scientifique"
des débuts. A cette époque, les expositions consacrées
à Signac se multiplient à Paris; en Europe, il participe à
la plupart des grandes manifestations d’avant-garde comme la Sécession
viennoise ou l’exposition du Sonderbund à Cologne. Son traité
D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, publié
en 1898 et réédité à plusieurs reprises, est
lu par toute une génération de jeunes peintres, et nombreux
sont ceux qui viennent lui rendre visite à La Hune, la villa acquise
peu après son arrivée à Saint-Tropez. Son activité
d’organisateur d’expositions au Salon des Artistes indépendants,
dont il devient le président en 1908, contribue aussi à faire
de lui une figure de premier plan de la scène artistique européenne.
Au cours de la première décennie du XXe siècle, un
intérêt renouvelé pour la couleur se manifeste, et de
Matisse à Picabia, en passant par les futuristes italiens, sans oublier
Mondrian et Kandinsky, la technique néo-impressionniste, librement
interprétée, sera un passage libérateur qui ouvrira
des voies nouvelles. Pourtant, 1910 marque le début d’une crise:
Signac quitte Saint-Tropez en 1913 et s’installe à Antibes où
la guerre le fixe momentanément. Cet anarchiste convaincu voit son
univers et ses idéaux pacifistes s’écrouler: il peint
très peu jusqu’en 1918. Après la guerre, il reprend les
rênes des Indépendants, et la série d’études
peintes à Antibes témoigne d’une vigueur et d’une
énergie intactes. Signac reprend aussi ses pérégrinations
qui deviennent quasi incessantes. Désormais, il sillonne la France,
le pinceau d’aquarelliste à la main. S’il présente
chaque année quelques toiles néo-impressionnistes au Salon
des Indépendants, de vues de la Seine ou de Saint-Malo qui prouvent
que sa passion pour la couleur est intacte, c’est l’aquarelle
qui lui procure ses véritables joies d’artiste. Son dernier
grand projet est celui des ports de France, peints à l’aquarelle,
où de jour en jour nous pouvons suivre son périple. Signac
traduit avec ardeur les aspects contrastés des paysages de France
et nous laisse alors le beau témoignage d’une curiosité
toujours en éveil, aussi attentive à décrire le gréement
d’un terre-neuva traditionnel que les équipements les plus modernes
des ports d’avant-guerre.
Catalogue de l'exposition
Le catalogue de l’exposition reproduit en couleurs toutes les œuvres
exposées. Les textes ont été rédigés
par Marina Ferretti-Bocquillon, avec une introduction de Françoise
Cachin.
Prix de vente CHF 45.– (env. € 30.–).
Le commissariat de l’exposition est assuré par Françoise
Cachin et Marina Ferretti-Bocquillon.
Françoise Cachin est la petite-fille du peintre et l’auteur
du catalogue raisonné, en collaboration avec Marina Ferretti-Bocquillon,
qui a été cocommissaire de la rétrospective Signac
présentée aux Galeries Nationales du Grand Palais, à
Paris, en 2001.
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