Au printemps 1999, la Tate Gallery de Londres
présentera à la Fondation Pierre Gianadda une exposition consacrée
au voyage effectué en 1802 dans les Alpes par J.M.W.Turner
au cours de son premier séjour sur le Continent.
Turner est l'un des premiers peintres britanniques
qui ait exploré en détail cette région. L'exposition, qui réunit
quelque 70 œuvres sur papier, fait revivre ses premières impressions
face aux paysages qui l'ont inspiré. Outre les dessins, la présentation comprend un
nombre important d'aquarelles de grand format réalisées par Turner
à son retour de voyage; elles ont pour beaucoup été nouvellement
identifiées et répertoriées.
Joseph Mallord William Turner (1775-1851)
a pris la route des Alpes en compagnie de Newbey Lowson, gentilhomme
campagnard de ses clients, lui-même peintre amateur.
C'est Lowson qui prendra en charge presque tous
les frais de route, parmi lesquels la location d'un cabriolet et
les services d'un guide suisse, dont les connaissances permettront
à Turner de documenter et d'annoter ses dessins avec une précision
inaccoutumée. Les routes étant rares, une bonne partie du chemin
devait se faire à pied ou à dos de mulet. Toute la région se ressentait
de l'occupation récente par les troupes de Bonaparte; le voyage
eut lieu pendant l'accalmie des campagnes de Bonaparte qui suivit
la Paix d'Amiens.
L'exposition retrace l'itinéraire de Turner
de Grenoble à Genève; puis jusqu'à Courmayeur et Martigny après
le passage du Grand-Saint-Bernard; ensuite viennent Lucerne, Zurich
et Baden; elle s'achève avec ses paysages du Col du Saint-Gothard.
En l'espace de quelques semaines, Turner va découvrir des sites
d'une extraordinaire diversité : solitude et âpreté du Mont-Blanc
et de Chamonix; calme et sérénité des lacs de Thoune, de Brienz
et du Léman. Les dessins exécutés au cours du voyage montrent
l'évolution - pratiquement au jour le jour - de l'imagination picturale
et de la technique graphique de Turner, et ouvrent une fascinante
perspective sur l'esprit d'un artiste dans une période d'intense
stimulation. Turner choisit différents supports pour son travail,
tantôt crayon sur papier teinté, tantôt couleurs. Souvent, ses dessins
présentent un format plus important et sont plus élaborés que ceux
qu'il réalisera au cours de voyages ultérieurs.
Il les retravaillera plus tard à la craie, à
l'aquarelle ou la gouache; à son retour à Londres, il rassemblera
les plus beaux dans un album à l'intention de ses clients, qui en
commanderont par la suite des versions plus achevées.
A propos des dessins ainsi que de " l'impression
première laissée par les Alpes sur l'esprit de Turner ", John Ruskin
note que " La plupart de ses contemporains... les ont perçus comme
tout à fait merveilleux et vivifiants; mais lui en conservera l'empreinte
permanente d'une majesté teintée de mélancolie, qui, marquant toute
son œuvre ultérieure, fera de lui un peintre empli de gravité; inscrira
en lui une perception de l'immensité et de la structure rocheuse
de la masse terrestre ".
Dans l'exposition figurent des oeuvres prêtées
par la Whitworth Art Gallery de Manchester ainsi que d'autres en
provenance du Sir John Soane's Museum de Londres, de l'Abbot Art
Gallery de Kendal et de collectionneurs privés de Suisse.
Le catalogue bilingue français-anglais, avec des
textes rédigés par David Brown, conservateur à la Tate Gallery et
commissaire de l'exposition, reproduit en couleurs chaque œuvre
exposée
(CHF 45.-, environ € 30.-).
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