Du 25 janvier 2002 au 9 juin 2002
Tous les jours de 10h00 à 18h00
la Fondation Pierre Gianadda présente la première rétrospective consacrée
au peintre Kees Van Dongen
(1877-1968) organisée en Suisse.
Un ensemble d'une centaine d'œuvres retrace le parcours d'un artiste
qui a souvent suscité des polémiques en raison de son individualisme
très marqué, de ses prises de position et de son parcours pictural.
L'année 1914 articule les deux grandes périodes de sa longue carrière.
La première, qui débute aux Pays-Bas vers 1895 et se poursuit à Paris,
en particulier à Montmartre et à Montparnasse, reste celle des années
marquantes du Fauvisme : œuvres d'une formidable liberté pour la couleur
avec laquelle Van Dongen entretient un rapport quasi charnel.
Parmi les tableaux présentés, certains sont exposés pour la première
fois (Jeune Fille à la bottine, avant 1914). La seconde période
est celle des portraits de commande mais aussi des voyages (Café
Florian, Venise, 1921) et du mythe de l'éternel féminin.
1877-1899 : Delfshaven, Rotterdam
Né le 26 janvier 1877, à Delfshaven, un faubourg de
Rotterdam situé en plein polder, Kees Van Dongen suit durant
quatre années les cours de l'Académie des Arts et des Sciences de Rotterdam.
Trois tableaux évoquent ses années de jeunesse et ses débuts de peintre
aux Pays-Bas, dont l'impressionnant Autoportrait de 1895, conservé au
Musée national d'art moderne à Paris.
1899-1914: Montmartre - Montparnasse
En 1899, il s'installe définitivement à
Paris où il rejoint sa compagne Augusta Preitinger, dite Guus.
Sa sensibilité le rapproche alors des milieux anarchistes. Il
rencontre l'écrivain Félix Fénéon
avec lequel il noue d'emblée une profonde et durable amitié.
Un temps, il délaisse la peinture pour se consacrer à
l'illustration en collaborant à des revues politiquement et socialement
engagées. Son sujet de prédilection est le milieu des
prostituées et des courtisanes, thème central qu'il développera
désormais (Les entraîneuses, vers 1905 ; Nini
la parisienne, entre 1906 et 1910 ; Les péripatéticiennes,
vers 1920).
Montmartrois (La parisienne de Montmartre,
1903 ou 1911), il est un habitué des lieux mythiques du quartier (Le
Moulin de la Galette, 1904 ; Le violoncelliste du Moulin de la
Galette, 1904 ; Le Moulin Rouge, 1900-1905...). Il se rend
fréquemment à Médrano et peint avec bonheur les artistes du cirque (L'écuyère,
1906 ; Le vieux clown, entre 1906 et 1911...).
En 1906, il loue un atelier au Bateau-Lavoir où Fernande Olivier,
la compagne de Picasso, lui inspire de magnifiques portraits
(Fernande Olivier, 1907). Van Dongen fait une incursion
dans l'expression " néo-impressionniste " à l'occasion d'un séjour qu'il
effectue à Fleury-en-Bière durant l'été 1905 (La Vigne, 1905
; La maison à Fleury, 1905). À Paris, il développe la série des
manèges à vapeur (Le manège aux cochons, 1904) où le talent de
l'illustrateur rejoint celui du coloriste inspiré. Au Salon des Indépendants
de 1905, il présente Le boniment, toile novatrice qui traduit avec éclat
son amour de la couleur et du mouvement. Cette même année, il participe
au Salon d'Automne au cours duquel le critique Louis Vauxcelles
impose les " Fauves ".
Van Dongen évoque également volontiers son bonheur
familial, auprès de Guus et de leur petite fille, Dolly (Mère
et enfant, 1906). Les achats par la galerie Bernheim-Jeune, puis
les expositions, chez Ambroise Vollard, chez Daniel-Henry
Kahnweiler se succèdent. Sollicité en Allemagne par
les artistes de la " Brücke ", il adhère au groupe
et acquiert une certaine notoriété outre-Rhin.
A partir de 1910, il entreprend régulièrement des voyages
qui le conduisent en Espagne, au Maroc et en Egypte, dans la lumière
du Bassin méditerranéen (El Manton, Andalucia,
1910-1911 ; Marchande d'herbes, 1912 ; Fatimah Ismael de Louxor,
1913...). Quand il présente le Tableau (également appelé
Le châle espagnol, La femme aux pigeons ou encore
Le mendiant d'amour) au Salon d'Automne de 1913, le scandale
est immédiat et l'œuvre, jugée obscène, est
décrochée par la police. À la déclaration
de la guerre, sa femme Guus et leur fille Dolly partent pour
Rotterdam, d'où elles ne reviendront que quatre ans plus tard.
1914-1968: portrait d'une époque
Demeuré à Paris, Kees fait la
connaissance de Léa Jacob surnommée Jasmy (Portrait
de Jasmy Alvin née Léa Jacob 1925), le couple se lance
à la conquête du Tout Paris. Fêtes et rencontres
se succèdent (Autoportrait en Neptune, 1922). Van Dongen
devient le peintre d'une certaine haute bourgeoisie parisienne (Marie-Thérèse
Raulet, vers 1920 ; Anne Diriart, vers 1924 ; Yves Mirande,
1924 ; La Commodore Drouilly, 1926 ; Madame T., 1929 ;
Louis Barthou, 1931 ; Paul Pétridès, vers
1957...).
Mais sa participation au voyage de Berlin en 1941
lui sera violemment reprochée. L'exposition que lui consacre, l'année
suivante, la galerie Charpentier, sera boycottée par nombre de
ses amis, artistes, critiques et collectionneurs.
Après la guerre, Van Dongen partage son temps entre
Paris, Deauville et Monaco où il achète, en 1949, une
villa qu'il baptise " Le Bateau-Lavoir ". Cette année-là,
la Galerie Charpentier lui organise une nouvelle rétrospective
qui remportera un franc succès et sera reprise, par le Musée
Boymans de Rotterdam, sa ville natale.
Artiste reconnu auquel le Musée national d'Art moderne de Paris
puis, de nouveau, le Musée Boymans consacrent chacun une rétrospective
en 1967, Van Dongen s'éteint le 23 mai 1968, pendant les événements
dans une certaine indifférence. Depuis, le Musée d'art
moderne de la Ville de Paris a organisé une exposition majeure
à la redécouverte de l'art de Van Dongen en 1990.
Commissaire de l'exposition :
Daniel Marchesseau, conservateur général du Patrimoine,
directeur du Musée de la vie romantique à Paris
Le catalogue
Le catalogue reproduit en couleurs toutes les œuvres
exposées. Sous la direction de Daniel Marchesseau, rédigé par Dany Sautot,
Gilles Leroy et Pascaline Noack, avec des textes de Christian Briend,
Philippe Dagen et Françoise Marquet.
Prix de vente CHF 45.-- (env. 31€).
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