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Renoir

20 juin – 23 novembre 2014
tous les jours de 9 h à 19h

Visite commentée nocturne le mercredi 22 octobre à 20h. par Antoinette de Wolff.


Revoir Renoir !



Après les différentes rétrospectives historiques sur les maîtres de l’impressionnisme organisées depuis une vingtaine d’années à la Fondation Pierre Gianadda : Degas (1993), Manet (1996), Gauguin (1998), Van Gogh (2000), et celles consacrée à Berthe Morisot (2002)et Monet (2011), il convient aujourd’hui rendre hommage au plus célèbre portraitiste du temps : Pierre-Auguste Renoir (1841-1919).

L'exposition propose cet été une lecture nouvelle de l'œuvre de Renoir, avec plus de cent œuvres témoignant de toute sa carrière – soixante ans de création – comme de la diversité sensible de son inspiration. Ce lumineux panorama chronologique reflète au mieux dans ses grandes ponctuations sérielles, le tempérament volontiers intimiste du peintre, qui a aussi bien maîtrisé le paysage que l’éternel féminin, les scènes familiales que les natures-mortes. Une majorité d’œuvres inédites provenant des collections particulières très rarement prêtées ainsi que de nombreux prêts des plus grands musées internationaux (Musée Pouchkine, Musée de São Paulo, Musée Thyssen-Bornemisza, Palais Princier de Monaco), des musées français (Musée Rodin, Musée d’Orsay, Orangerie, Petit Palais et Marmottan, Paris – Le Havre, Rouen, Fondation Ephrussi de Rothschild / Académie des Beaux-Arts, Saint-Jean Cap Ferrat) comme des institutions suisses (Genève, Bâle, Berne, Lausanne, Winterthur, Fondation Bührle et Kunsthaus, Zurich…), permettent de donner une vision renouvelée de son oeuvre séminale au coeur de l’impressionnisme français. Deux sculptures monumentales rarement exposées (Vénus Victrix du Petit Palais, Paris et La grande Laveuse accroupie de la Fondation Pierre Gianadda) terminent le parcours de l’exposition.

Accompagnant l’exposition, un catalogue de référence, faisant appel à une dizaine de spécialistes, historiens d’art et témoins familiaux, traite de sujets aussi variés - et nouveaux – que les amitiés du peintre avec les écrivains (par Sylvie Patry, conservatrice en chef, Musée d’Orsay), son frère Edmond Renoir (par Marc Le Coeur), le peintre Caillebotte (par Pierre Wittmer), le marchand Paul Durand-Ruel (par Caroline Godfroy Durand-Ruel), le peintre Albert André (par Flavie Mouraux Durand-Ruel), ou de l’admiration de Pablo Picasso (par Augustin de Butler)…

Sous un angle plus muséal, Daniel Marchesseau propose une analyse complétant ses notices, tandis que Lukas Gloor précise la réception de l’œuvre du maître dans les collections suisses au XXe siècle, et Cécile Bertran, conservatrice du musée Renoir, révèle, grâce à de nombreuses photographies acquises à l’automne 2013 par la ville de Cagnes-sur-Mer, la vie familiale de l’artiste dans sa propriété des Collettes.

Cette sélection ne manquera pas de séduire un large public qui retrouvera certaines de ses références les plus célèbres, mais découvrira surtout nombre de toiles peu – sinon totalement inconnues - provenant de collections privées européennes. Le visiteur percevra sans doute l’émotion toute proustienne de tant d’images aimées que la mémoire collective conserve du plus charnel des impressionnistes, l’amoureux de l’éternel féminin – grâce et volupté.

Car le talentueux élève du peintre d’origine suisse Charles Gleyre, dans l’atelier duquel il se lie à l’Ecole de Beaux-Arts de Paris avec ses camarades Claude Monet et Frédéric Bazille, cerne bientôt son champ d’inspiration féminine : Lisa (1872) puis la voluptueuse Suzanne Valadon qui posera rue Cortot avant de suivre les conseils de Degas et devenir le peintre reconnu que la Fondation Pierre Gianadda avait exposé en 1996.

C’est d’ailleurs rue Cortot que Renoir peint Le Jardin du moulin de la galette où ce chantre de la beauté féminine - comme Monet l’est des variations les plus éphémères de la lumière – s’impose doublement comme portraitiste et paysagiste avant de répondre à maintes commandes pour la bourgeoisie fortunée parisienne (La Comtesse Edmond de Pourtalès, Alice et Elisabeth Cahen d'Anvers).

Sa rencontre avec Aline Charigot, la mère de ses trois fils, Pierre, Jean et Claude (dit « Coco »), qu’il épouse en 1890, est déterminante pour son inspiration. Au fil des années, elle se recentre autour d’une voluptueuse évocation de la Maternité. Mais c’est naturellement dans les nombreuses variations autour des Nus qu’il s’impose au public le plus averti. Renoir, dont on apprécie également les natures mortes, les bouquets et les paysages, maîtrise avec un art consommé tout l’éventail de sa palette au profit de sa technique picturale qui sert dans sa lumière propre un moment de bonheur à l’acmé de son génie.

Renoir travaille, avec des « pinceaux de martre et des brosses plates en soie », et emploie surtout, dit-il, « Blanc d’argent, Jaune de chrôme (sic), Jaune de Naples, Ocre jaune, terre de Sienne naturelle, vermillon, laque de Garance, vert Véronèse, vert Emeraude, Bleu de Cobalt, Bleu Outremer – l’ocre jaune, le jaune de Naples et la terre de Sienne n’étant que des tons intermédiaires, dont on peut se passer puisque vous pouvez les faire avec les autres couleurs », sans oublier « le noir, la reine des couleurs ».

Paul Durand-Ruel est le premier à le défendre et l’exposer, à Paris, Londres et aux Etats-Unis. Plus de mille œuvres passent par ses galeries. Plus jeune, Ambroise Vollard édite ses gravures et ses bronzes, avant d’acquérir, à sa mort, tout le fond de l’atelier. Renoir en brosse trois célèbres portraits dont celui donné par Vollard au Petit Palais de Paris. Avec la consécration, vient la réussite financière au tournant du siècle. Renoir, également soutenu désormais par les frères Bernheim-Jeune, découvre Cagnes-sur-Mer en 1903 et s’installe peu après dans le vaste Domaine des Collettes où il peindra jusqu’à son dernier jour avec la passion irréductible du « beau métier ».

Au sommet de la renommée, et malgré certaines critiques acides, des collectionneurs aussi avertis que Paul Gallimard, Gaston Lévy, Henri Bernstein ou les américains Leo et Gertrude Stein ne s’y trompent pas et s’entoureront de ses œuvres – avant que le fameux Dr Alfred Barnes ne réunisse dans sa propriété de Merion au sud de Philadelphie, sur les conseils en particulier de jeunes marchands, Paul Guillaume et René Gimpel avant Paul Rosenberg, plus de cent quatre-vingts tableaux (la Barnes Foundation est installée depuis 2012 à Philadelphie). Dans sa maturité, de jeunes artistes comme Aristide Maillol et Maurice Denis rendent visite au maître dont ils font le portrait. Quelques mois avant sa disparition, ce sont Amedeo Modigliani et Henri Matisse, également encouragés par Paul Guillaume, qui vont aux Collettes... Si Pablo Picasso n’eut pas l’occasion de faire sa connaissance, il n’en acquit pas moins pour sa collection personnelle sept de ses œuvres (aujourd’hui, musée Picasso, Paris). C’est dire quelle valeur novatrice il attachait à son art dans sa pleine maturité.

Cette exposition riche d’une centaine d’œuvres permettra de redécouvrir dans le cadre majestueux de la Fondation Pierre Gianadda un Renoir résolument de son époque.

Daniel Marchesseau, Commissaire de l’exposition, Conservateur général honoraire du Patrimoine.

Michel Darbellay, peintre de la lumière

La Fondation Pierre Gianadda et la Médiathèque rendent hommage au photographe martignerain.

L’année 2014 est celle de Michel Darbellay. Les œuvres du célèbre photographe sont exposées simultanément dans deux espaces qui mettent en évidence le talent de celui qui se qualifie volontiers de peintre paresseux. Coïncidence ? Pas tout à fait. En 2010 déjà, Michel Darbellay décide de déposer ses archives photographiques à la Médiathèque Valais - Martigny. Dès lors, il pense davantage à lui et, libéré de ses mandats professionnels, il consacre beaucoup de temps à capter les jeux d’ombres et de lumières dans le Parc de sculptures de la Fondation Pierre Gianadda. Bénéficiaires de son talent et de ses œuvres, les deux institutions ont décidé de mettre en valeur un artiste qui a pris le sens du mot photographie à la lettre : peindre avec la lumière

Sculptures en lumière

Michel Darbellay est un familier de la Fondation Pierre Gianadda. Depuis son ouverture, en 1978, il en suit les manifestations et réalise des reportages pour son ami Léonard, ancien condisciple de l’école primaire. Régulièrement aussi, il arpente les jardins de la Fondation. Il est un témoin attentif de son extension, des fouilles archéologiques et des métamorphoses qui ont transformé un verger d’abricotiers en jardin d’agrément, puis en Parc de sculptures.

Quand est venue l’heure où seul le plaisir de la découverte compte, Michel Darbellay, le spécialiste de l’argentique et de la chambre photographique, se passionne pour les captations de la lumière avec un appareil numérique, léger, simple, sans distance technique avec le sujet. Mais il met dans cette opération, à première vue à la portée de tous, la même rigueur et le même soin qu’il a mis à photographier le Valais et ses habitants.

Suivant les saisons et l’heure, les sculptures apparaissent différentes, comme si elles subissaient, elles aussi, les effets de la température et du vent. Dans un environnement exceptionnel, havre de paix au cœur de la ville, elles jouent à cache-cache entre collines et plans d’eau, se perdent sous les grands arbres plantés çà et là par un jardinier visionnaire. Elles dialoguent parfois, mais se confinent le plus souvent dans leur espace vital, adapté à leur taille, et qu’elles habitent pleinement. Elles ont juste la bonne distance entre elles pour rayonner à leur aise, suffisamment proches les unes des autres pour qu’on ne les sente pas isolées, mais assez éloignées pour ne pas se faire de l’ombre.

De tout cela, Michel Darbellay rend compte subtilement. Il révèle surtout la poésie des lieux. Voyez le rapport émouvant entre le Sein de César et le champ de violettes ou son Pouce et les troncs d’arbres de trente ans, qui paraissent centenaires. Entourées d’une nature prolixe en tons et en couleurs, les sculptures se libèrent et diffusent leur aura. Et l’on est frappé par la mélancolie de la Woman with Sunglasses on Bench de George Segal, la folle crainte de la Méditation avec bras de Rodin, l’étonnement ébahi de la Tête de Miró, le calme accueillant de la Large Reclining Figure de Moore… Partant cueillir La Pomme de Guillaume Tell de Claude Lalanne, il faut prudemment contourner Loup et louveteau de Roland Cognet ; et l’on se prend à baisser la tête pour éviter le ballon jeté par Les Baigneurs de Niki de Saint Phalle. Pendant ce temps, cachés sous le feuillage du hêtre pourpre, les amoureux de Rodin s’isolent dans Le Baiser éternel.

C’est ainsi que l’esprit de la collection soudain nous semble plus évident. Léonard nous avait pourtant prévenus : « Peu à peu, le puzzle s’est constitué, jusqu’au jour où j’ai remarqué, presque par hasard, que l’ensemble formait bel et bien un véritable parcours de la sculpture du XXe siècle et qu’un esprit ludique avait présidé au choix des œuvres. » En solitaire, Michel Darbellay apprivoise ce monde. A l’instar du Picasso de Jacques Prévert, qui passe par là « comme il passe partout chaque jour comme chez lui », il voit aussi La Pomme, mais lui, s’il la croque, c’est pour la transformer un jour d’été en fruit appétissant doré à point et un soir d’hiver en coupe de crème glacée !

En découvrant les photographies que Michel Darbellay lui offre généreusement, Léonard Gianadda est subjugué par leur pouvoir évocateur : un autre parc, vivant, changeant, lui saute brusquement aux yeux et le questionne : A-t-il bien entendu ce bourgeonnement du printemps qui agite tous les hôtes de ces lieux ? A-t-il senti aussi fort l’éclat rosé des pivoines, des abricotiers et des amandiers ? A-t-il osé toucher le givre bleu du gel hivernal ? A-t-il déjà savouré cette palette de couleurs et d’atmosphères qui auréolent les sculptures ?

Grâce à la complicité de Michel et de Léonard, il est maintenant facile de feuilleter toutes ces sensations. Et les inconditionnels de l’expérimentation sont invités à aller voir si les modèles sont aussi éclatants que la représentation qu’en donne le photographe.

Michel Darbellay écrit la lumière

La Médiathèque Valais - Martigny nous convie à découvrir une autre facette du talent de Michel Darbellay. Dépositaire, depuis 2010, de ses archives photographiques impressionnantes – on parle de six cent mille photos – l’institution en charge de la conservation et de la mise en valeur du patrimoine photographique du Valais se devait de partager son nouveau trésor. Après avoir numérisé plus de 30 000 sujets, le choix de la mise en valeur fut, on s’en doute, cornélien. Que montrer de l’œuvre de cet homme qui a consacré sa vie à photographier le Canton ? Comme le souligne Lionel Gauthier, le nouveau directeur de la Médiathèque Valais - Martigny, « l’importance du fonds Darbellay n’est pas qu’une histoire de chiffres. C’est un témoignage unique sur la vie en Valais depuis la fin des années 1950. Photographe « tout-terrain », Michel Darbellay a réalisé par milliers des cartes postales, des portraits d’identité, des images publicitaires, des photographies de mariages, de baptêmes, de premières communions, etc. Se plonger dans ses archives permet de mesurer l’évolution des paysages, mais aussi des pratiques sociales. » Finalement, Romaine Valterio Barras, responsable de l’exposition et du livre, opte pour une solution radicale et pour le moins originale : confier à Marie-Antoinette Gorret, artiste et graphiste qui a collaboré avec Michel Darbellay dès les années 1980, le soin de présenter une facette plus personnelle de son œuvre : sa passion pour les paysages qui l’entourent et plus particulièrement pour « les jeux contrastés de la lumière dans ces paysages ». Le résultat est « bluffant », comme on dit : « Associées de manière inédite, les photographies de Michel Darbellay révèlent l’esthétique graphique du Valais, entre paysages grandioses et traces de modernité. »

Quand on vous disait que 2014 restera dans les annales comme l’année de Michel Darbellay !
Jean-Henry Papilloud
Sophia Cantinotti

Sculptures en lumièrey à la Fondation Pierre Gianadda. Une exposition présentée au Foyer du 20 juin au 23 novembre 2014, accompagnée d’un catalogue de 224 pages en couleur.

Michel Darbellay écrit la lumière à la Médiathèque Valais – Martigny. Une exposition du 3 mai au 27 octobre 2014, accompagnée d’un livre de 216 pages en couleur et d’un DVD.

Les vitraux de Hans Erni et du Père Kim En Joong

Les chapelles de Martigny transfigurées par la magie des vitraux de deux grands artistes contemporains.

Dans le dernier supplément du Nouvelliste consacré à la Fondation Pierre Gianadda, notre chronique sur la saga des vitraux des chapelles de Martigny se terminait par une interrogation et un espoir qui valent la peine d’être cités ici : « Est-ce la fin du conte de fées ? Peut-être pas. Dessillés par tant de beauté, les yeux voient que le toit de la sacristie fuit quand il pleut, que la couleur des murs est passée, que l’intérieur est noirci par la fumée des bougies, que les magnifiques ex-voto ne sont pas présentés sous leur meilleur jour… Comme ce n’est pas ainsi que se terminent les contes, il convient d’être attentif à la suite des événements : Martigny n’est jamais à l’abri d’un miracle ! »

Eh oui, grâce à la générosité de Léonard Gianadda, le miracle a bien eu lieu ! A la mi-avril, le toit de la sacristie de la chapelle de la Bâtiaz a été refait, les murs extérieurs ont été blanchis afin qu’ils retrouvent une teinte proche de celle d’origine, la niche qui surplombe l’entrée a retrouvé son bleu profond. Quant au cadran solaire, aux portes, à la peinture intérieure et à l’éclairage, ce n’est plus qu’une question de temps. Avant l’été, la restauration de la chapelle devrait être achevée.

Au moment d’envisager la pose de nouveaux vitraux, en automne 2012, personne n’osait imaginer un tel dénouement. Le Père Kim En Joong, auteur des sept vitraux, est ravi des réaménagements successifs de la chapelle, qui en révèlent toute la beauté. Il aime ce lieu, qui lui apparaît comme l’expression d’une foi authentique, un abri spirituel, solidement ancré entre les rochers et la Dranse. A chacune de ses visites en Valais, c’est une nouvelle étape qu’il découvre avec enthousiasme : les sept vitraux installés, en novembre 2013 ; les murs de la chapelle rafraîchis, en avril 2014.

Dans les Lettres au Père Albert Patfoort, adressées par Kim En Joong à son père spirituel, le moine-artiste rappelle que ce projet, tout en ayant traversé des turbulences, est définitivement marqué par le destin. Ainsi, en août 2013, il lui écrit : « Je viens d’avoir une bonne nouvelle de Léonard Gianadda pour les sept vitraux de la chapelle de la Bâtiaz à Martigny. Finalement, ils seront installés assez rapidement, peut-être pour la fête de Notre-Dame de la Compassion ; le processus fut long et compliqué ; cette réponse positive est particulièrement significative pour nous deux… vous savez que mon déplacement à Martigny fut très pénible sachant que votre présence sur terre s’achevait… S’il n’y avait pas eu ce voyage, j’aurais pu recevoir votre dernier souffle […]. Vous avez prié ici-bas et là-haut pour que ce projet se réalise : je considère donc que c’est le premier fruit visible obtenu par votre intercession. » (Kim En Joong, De la terre au ciel, Lettres au Père Albert Patfoort, Séoul, 2014, p. 173). Nul doute donc que cette œuvre, certes plus modeste en taille que celles des cathédrales de Brioude ou de Liège, occupe une place particulière dans le cœur de l’artiste.

Dans la saga des vitraux martignerains, l’histoire ne serait évidemment pas complète sans le rappel des derniers événements concernant la chapelle protestante. Est-il encore nécessaire de rappeler les grands faits qui ont marqué la transformation de ce lieu de culte ? Construite en 1932 par Baptiste Gianadda, grand-père de Léonard, la chapelle avait besoin d’une sérieuse rénovation. La mise en place des premiers vitraux a déclenché une réaction en chaîne dont les étapes principales ont été le remplacement de tous les vitrages par des vitraux dessinés par Hans Erni, la réfection des murs, du plafond et de l’éclairage intérieur, la restauration de l’orgue, la réfection du toit et, enfin, l’amélioration, par la Ville de Martigny, des abords extérieurs.

Le 21 février 2014, jour de son 105e anniversaire, Hans reçoit des mains de son ami Léonard une maquette présentant l’œuvre complète. La joie qu’il laisse éclater spontanément à la vue des dix-sept vitraux rassemblés en dit long sur son affection pour ce projet, dont la cohérence et la beauté sont exceptionnelles. Les cinq dernières verrières ont été réalisées ce printemps et viennent d’être posées. Maintenant, le compte y est. Quatre étapes ont été nécessaires : de un à trois vitraux, puis à sept, puis à douze, nous voici à dix-sept ! Pris au jeu par cette commande inattendue, passionnante et marquée par l’amitié, Hans Erni ne s’est pas fait prier pour créer les derniers dessins l’automne dernier. Armés d’un savoir-faire éprouvé par des décennies de pratique, les artisans de l’atelier Simon Marq de Reims les ont ensuite transposés dans le verre, pour leur donner vie dans la lumière. Parmi les cinq dernières œuvres réalisées, toutes rehaussées par des variations de bleu, quatre sujets mettent en scène la colombe, signe d’alliance, de paix et d’espoir. Au-delà de sa signification spirituelle, cette figure chère à l’artiste lucernois durant toute sa carrière – une véritable signature – révèle également que l’ensemble du projet a été porté par une fidèle et forte amitié, la seule capable de déplacer des montagnes.
Sophia Cantinotti et Jean-Henry Papilloud

Les dessins originaux de Hans Erni et les reproductions des dix-sept vitraux du temple protestant ainsi que celles des sept vitraux de la chapelle de la Bâtiaz sont exposées à la Fondation Pierre Gianadda en parallèle à l’exposition Renoir, du 20 juin au 23 novembre 2014. Une belle invitation pour aller ensuite découvrir les œuvres originales in situ. A la fin de tous les travaux, un livre sur Les vitraux des chapelles de Martigny sera publié par la Fondation Pierre Gianadda (parution prévue en août 2014).

AU VIEIL ARSENAL

Jean-Claude Hesselbarth

Pour la septième année consécutive, la Fondation Pierre Gianadda présente au Vieil Arsenal, du 26 septembre au 2 novembre, une exposition d’un artiste suisse romand contemporain, cette année, le peintre et dessinateur lausannois Jean-Claude Hesselbarth. L’exposition présente une quarantaine de peintures extrêmement colorées ainsi qu’une suite de dessins en noir et blanc de petit format. Jean-Claude Hesselbarth est né à Lausanne en 1925, il vit aujourd’hui à Grignan dans le Midi de la France.

Dans la peinture d’Hesselbarth, toute violence rentrée, le geste même a disparu. La trace du peintre est amoncellement de couleurs, les marques du pinceau sont effacées, masquées, la touche est invisible. Tout est mélange, passage d’une couleur à l’autre, subtilité et contraste, milieu liquide jamais étalé, animé par un souffle qui donne à chaque tableau le rythme qui lui est propre et la structure qui le retient. L’ordre et le mouvement, c’est de ce rapport qu’il faut partir.

Nicolas Raboud
Commissaire de l’exposition




Depuis longtemps, j’aime suivre Hesselbarth sur les deux versants de son œuvre – dessin et peinture.
Deux versants en apparence opposés comme l’ubac et l’adret en montagne. Côté ombre, les dessins : minutieusement élaborés certes, par une espèce de Seurat de l’imaginaire, mais produisant quoi ?
Comme un suspens de poussière nocturne (planète, voie lactée), des paysages d’extrêmes lointains favorables à une longue rêverie intérieure – où Michaux, dans ses moments de paix, se promènerait peut-être à l’aise.
Les peintures, elles, semblent naître en plein soleil, en plein midi, exploser comme un rire de couleurs percutantes, en feu d’artifice ; encore que, parfois, en cours de travail, elles s’enténèbrent peu à peu, comme si la nuit (mais constellée) était bien, finalement, le lieu profond, et préféré, du peintre.

Philippe Jaccottet


















































Auguste Rodin, Méditation avec bras




Pol Bury, Sept sphères dans une demi-sphère, fontaine




Niki de Saint Phalle, Les Baigneurs




Joan Miró, Tête



























































Copyrights : Photos Michel et Hervé Darbellay


Vitrail de la Rosace




Vitrail de la chapelle de la Bâtiaz





Photos Jean-Henry Papilloud


Contrôle des derniers vitraux dans l’atelier Simon Marq, Reims, mai 2014




Un des derniers vitraux réalisés, Reims, mai 2014




Première série Vitraux Erni, chapelle protestante